Archéologie de l'Archipel SPM - 2021

Projet Archéologique de l’Archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon : la campagne 2021 arrive à son terme


 

Une poignée de gratteurs de tourbe

Cette campagne de fouille associe à nouveau l’université Laval de Québec sous la direction de Réginald Auger et le CNRS – Université de Rennes 1 sous la responsabilité de Grégor Marchand. 

L’équipe de choc comprenait cette année Laurent Bélanger, Antoine Bitrian (CNRS), Cédric Borthaire (référent archéologie auprès de la Préfecture de SPM), Maureen Le Doaré (CNRS), Max Pallares, Clotilde Roger et Eloïse Saint-Pierre. Najat Bhiry, géomorphologue à l’Université Laval est venue illuminer la fin de la campagne par ses connaissances sur les dynamiques érosives et les boisements en contexte sub-arctique. 

Le suivi annuel de l’érosion est coordonné par Pierre Stéphan (CNRS-Brest) et cette année il a été effectué par Alexandre Hublard de la Direction des Territoires, de l’Alimentation et de la Mer (DTAM) et Maureen Le Doaré (CNRS).

Tous ces travaux ont pu être réalisés avec le soutien du Ministère de la Culture (notamment le Service Régional de l'Archéologie de Bretagne pour le suivi scientifique) et de la Préfecture de Saint-Pierre et Miquelon (par l'intermédiaire de la Mission des Affaires Culturelles), en étroite association avec le Musée de l’Arche (base scientifique pour le traitement de matériel). Le Conservatoire du Littoral et la Collectivité Territoriale nous ont fort aimablement autorisés à intervenir sur des terrains placés sous leur juridiction. Nous remercions avec vigueur toutes les personnes qui ont accompagné ce projet dans son exquise réalisation.

 

Une équipe vibrionnante et efficace en diable !

L’Anse à Henry : Archéologie d’habitats littoraux Paléo-Inuit, amérindiens et européens

À l’extrémité nord de l’île de Saint-Pierre (Archipel de Saint-Pierre et Miquelon), face à l’île du Grand Colombier, l’habitat "préhistorique" de l’Anse-à-Henry se signale d’emblée par la concentration de vestiges archéologiques que l’on y rencontre. Sur plus de 11 hectares, les foyers et aires d’activités aménagées témoignent d’occupations fréquentes, tant par les amérindiens que par des populations Paléo-Inuit. Si l’on ne conserve que les dates obtenues sur des charbons issus des foyers, nous pouvons définir trois périodes d’occupation, avec pour chacune deux sous-phases :

        Phase 1 - 500/200 avant J.-C. (Groswater)

        Phase 2 - 660/940 après J.-C. (Dorset ou Tradition récente)

        Phase 3 - 1320/1625 après J.-C. (Tradition récente)

Cette récurrence des habitats sur un temps long est peut-être liée à des dispositions naturelles des plus favorables pour la chasse aux mammifères marins et surtout aux oiseaux, mais aussi à la pêche dans un détroit aux belles ressources halieutiques. 

De nombreuses traces d'occupations d'âge historique se placent sur la pente, dans la zone basse et sur le plateau supérieur aujourd'hui occupé par des boisements. Elles sont en superposition avec les vestiges lithiques plus anciens. On distingue des talus, des murets et des fondations de maisons. Les graves (plate-formes de galets destinées à étaler les morues) sont également très nombreuses en bord de falaise. L'Anse-à-Henry a été un hameau de pêcheurs et d'agriculteurs, avec une chronologie qui reste à mieux caractériser. Ce volet de nos travaux s'est traduit cette année par un nouvel examen des documents LiDAR et par des sondages dans les boisements.

L'anse de l'ouest borde le site de l'Anse-à-Henry

Quinze ans après les dernières fouilles, un état des lieux a été établi à la demande du Ministère de la Culture et de la Préfecture de Saint-Pierre et Miquelon. Réginald Auger (Université Laval, Québec) et Grégor Marchand (CNRS et Université de Rennes 1, France) ont alors été sollicités pour entreprendre le sauvetage du site centré en premier lieu sur les zones les plus exposées à l’érosion, afin de compléter la documentation et d’en relancer l’étude. Ces travaux archéologiques visent également à enrichir le dossier de candidature de l’archipel au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Vue de la zone basse du site où se sont concentrées les fouilles en 2021. Au fond se détache l'île du Grand Colombier, fabuleux nichoir à la belle saison.

Perspectives et objectifs de la campagne de l’été 2021

Après une année de mise en place de l’opération en 2019, puis des prospections étendues à Langlade et Miquelon en 2020 (fouilles suspendues pour cause de pandémie), nous avons proposé la réalisation d’un programme de fouille triennal (2021-2023) dont l’objectif est d’alimenter le dossier "UNESCO" en données sur le temps long. Il s’agissait également de suivre et de mieux quantifier l’érosion des falaises meubles qui bordent au nord le site, pour anticiper ses effets sur ce patrimoine exceptionnel.

Vue générale de la fouille 2021, depuis le nord du site.

Cette opération d’une durée de cinq semaines de terrain s’est déroulée à partir du 16 août 2021. Les objectifs de la campagne sur l’Anse-à-Henry étaient au nombre de trois.

1 - Notre priorité était d’ouvrir une grande zone de fouille en aire ouverte dans la zone basse du site de l’Anse à Henry, afin de mieux comprendre la nature de l'occupation historique par les pêcheurs et d’explorer la composante Paléo-Inuit (Groswater et éventuellement Dorset) qui se trouve en-dessous de la grave que nous avions identifiée en 2019. En plus du sauvetage d'une zone qui est appelée à disparaître dans un avenir assez proche, nous souhaitions appliquer à la fouille de cette partie du site une approche basée sur les principes de la paléo-ethnographie. Une telle approche est une contribution originale à l’étude des populations autochtones du passé sur le continent nord-américain. 

Un épandage de galets de rhyolite rose ou bleutée jonche le site et témoigne d'un épisode d'envahissement marin (tsunami ? tempête ?).

La zone basse en cour de fouille. Le sommet d'un niveau naturel est atteint sous 40 centimètres de tourbes. Mais la séquence sédimentaire se prolonge bien en dessous et apporte des éléments fondamentaux sur les environnements naturels anciens.
 
Des fouilles minutieuses pendant lesquelles tous les objets sont relevés en trois dimensions. Foyers, amas de débitage et zones d'activités nous permettent de bien décrire des occupations provisoires paléo-Inuit.

Les résultats ont largement répondu à nos attentes sur les 45 m² fouillés intégralement, avec la découverte de nombreux foyers à plat (sans aménagements périphériques de pierres ni de fosse) et de milliers d’objets taillés. Les armatures de flèches et de harpons sont particulièrement nombreuses et laissent penser à une prééminence des activités de chasse. Les structures d’aménagement des espaces habitées restent modestes, ce qui désignent peut-être des occupations très temporaires.

Une belle pointe à base droite et à encoches latérales destinées à maintenir un probable emmanchement, tout juste sortie de son linceul tourbeux.

Têtes de harpons en rhyolite et grattoir en quartz hyalin.

2 - La complexité de la situation géomorphologique sur la pente (site principal des fouilles des années 2000) nous a incité à solliciter Najat Bhiry, géomorphologue spécialiste des formations périglaciaires à l’université Laval de Québec, pour établir un diagnostic des niveaux en place et de ceux qui ont été remaniés. 

Prélèvements micromorphologiques dans une coupe par Najat Bhiry et Clotilde Roger pour corréler les évolutions environnementales et les occupations humaines anciennes.

3 - Le suivi de la dynamique érosive côtière par Pierre Stéphan (Université de Brest) requiert également l’aide de la DTAM (relevés par drone). Là aussi, notre objectif était de proposer des variables qualitatives et quantitatives pour estimer l’ampleur de l’érosion côtière et établir ensuite un plan de surveillance et de gestion de ce patrimoine si fragile.

Le site part littéralement à la mer !

Production d’outils bifaciaux en rhyolite à Bois-Brûlé (Saint-Pierre)

La découverte de la carrière de Bois-Brûlé par Cédric Borthaire (référent archéologie auprès de la Préfecture), Grégor Marchand et Max Pallares fut certainement l’un des événements majeurs de la mission archéologique de septembre 2019. Elle venait valider notre intuition initiale : l’abondance des éclats et des pièces bifaciales en rhyolites taillées dans les collections archéologiques de l’Anse-à-Henry annonçait l’existence d’un lieu d’extraction majeur à proximité de l’immense habitat.

Des carrières dans la brume...

L’ancienne carrière se trouve au sud de la pointe de Cailloux Rouges, à l’ouest de l’île de Saint-Pierre. Elle se présente sous la forme de fronts d’exploitation au sommet et sur les flancs de mamelons rocheux, jonchés de milliers d’éclats et d’ébauches de pièces bifaciales. 

Vue générale du site d'extraction des rhyolites

Ébauche bifaciale sur son délicat lit de camarine.

Lors de la découverte, nous avions identifié trois zones rocheuses hautes de 3 à 5 m, qui portaient des traces d’extraction (SP-10, SP-9 et SP-8). La mission 2020 nous a permis d’en identifier deux autres, SP-11 au nord-ouest et SP-13 au sud. On doit ajouter aussi sur la pente en sommet de falaise une barre rocheuse exploitée pour l’obtention de blocs, comme en témoignent les milliers d’éclats qui jonchent le sol aux alentours (SP-12). La carrière couvre une surface de 11 000 m² entre SP-7 et SP-12 au sud, et SP-10 au nord-est. La surface du sol est moins lisible plus au sud vers SP-13, mais la prise en compte de ce point ajouterait encore une surface de 8000 m². 

Quelques sondages réalisés sur deux mamelons ont livré des milliers d’éclats taillés, des ébauches d’outils bifaciaux, des galets utilisés en percuteurs et des fronts de carrière à l’évidence travaillées. Les études ne font que commence pour comprendre les modalités des productions et leur attribuer une datation approximative.

Sélection d'éclats en rhyolite, notamment la variété "léopard".

Les amas coquilliers du Grand-Barachois (Miquelon)

En septembre 2019, notre équipe a pu repérer quatre amas coquilliers récents en haut de plage sur la rive nord du Grand-Barachois sur l’île de Miquelon. Ils pouvaient correspondre à ces lieux de préparation de la « boëtte » destinée à la pêche à la morue, avec des attestations d’usage encore au vingtième siècle. De ce fait, il s’agit d’amas « monospécifiques », témoignant d’une spécialisation. 

Pour obtenir davantage de précision, nous avons jeté notre dévolu sur l’amas de MIQ-2, à proximité de la Pointe Quine, sur la rive nord du Grand Barachois. Le mobilier issu des sondages de même que la nature de cet épandage limité à la pente nous ont démontré qu’il s’agissait plutôt d’un dépotoir coquillier en contrebas d’une cabane de pêche installée à cet endroit avant 1870.

La Pointe Quine, au nord du Grand Barachois.

L'amas coquillier avant les sondages.

Des reportages, des conférences et des rencontres

Martine Briand et les équipes de « SPM Première » ont réalisé plusieurs reportages à différentes étapes de notre projet et nous sommes particulièrement heureux de ces beaux éclairages sur nos travaux :

Travaux à l’Anse-à-Henry (Saint-Pierre)

Travaux à Bois-Brûlé (Saint-Pierre)

Travaux sur le Grand-Barachois (Miquelon)

Études menées au Musée de l'Arche (Saint-Pierre)

Nous sommes également intervenus auprès de classes de sixième et de terminal au Lycée Emile Letournel. Reportage à voir ici

A l'hiver 2020, une conférence en ligne résumait nos découvertes et nos questionnements.

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La suite en 2022 ???? Espérons-le avec la dernière énergie


 


 

 

 

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